Vous habitez à Orléans, Montargis, Pithiviers ou dans une commune rurale du Loiret et de nouvelles fissures sont apparues sur les murs de votre maison ? Vous n’êtes pas seul. Le Loiret, à cheval entre les plateaux calcaires de la Beauce et les sables argileux de la Sologne, fait partie des départements où le phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA) s’est fortement intensifié entre 2018 et 2022. Ce guide local fait le point sur le risque, les démarches administratives et les solutions disponibles pour les propriétaires du département.
Pourquoi le Loiret est particulièrement exposé au retrait-gonflement des argiles
Un sous-sol hétérogène entre Beauce, Sologne et vallée de la Loire
Le sous-sol du Loiret alterne entre les calcaires de Beauce au nord, les sables et argiles de Sologne au sud, et les alluvions de la vallée de la Loire. Cette diversité géologique explique pourquoi le département a fait l’objet d’une étude dédiée du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) dès le début des années 2000. Cette étude est sans appel : les données recueillies montrent que le Loiret est très fortement affecté par le phénomène de retrait-gonflement des argiles.
Plus largement, à l’échelle de la région Centre-Val de Loire où se trouve le siège national du BRGM, 90 % du territoire est classé à risque moyen ou fort vis-à-vis de ce phénomène. Le Loiret n’échappe donc pas à la règle, avec des secteurs sensibles aussi bien en zone périurbaine orléanaise que dans le Gâtinais ou le Montargois.
2018-2022 : une succession de sécheresses qui a marqué le département
Après des décennies relativement épargnées, le Loiret a connu une série d’étés secs particulièrement marquants entre 2018 et 2022. Dès le printemps 2022, les services de l’État dans le département ont dû prendre des mesures de restriction des usages de l’eau : des arrêtés préfectoraux ont été signés le 15 avril 2022 pour encadrer la consommation dans plusieurs secteurs du territoire, signe de la sévérité du déficit hydrique cette année-là.
Cet épisode de sécheresse 2022 a eu des répercussions bien au-delà des seules restrictions d’eau : il est resté dans les mémoires comme celui qui a généré le plus grand nombre de reconnaissances de catastrophe naturelle sécheresse jamais enregistré en France, avec de nombreuses communes du Loiret concernées. À l’échelle nationale, l’arrêté paru le 3 mai 2023 a recensé les communes reconnues en état de catastrophe naturelle pour des dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse de l’été 2022, avec 59 départements concernés et près de 3 500 communes recensées, soit environ 10 % du territoire national. Le Loiret figure parmi les départements ayant vu défiler plusieurs vagues de reconnaissances sur la période 2020-2022, notamment autour d’Orléans, du Gâtinais et de la vallée du Loing.
Ce basculement n’est pas propre au Loiret : au niveau national, le coût des sinistres liés au RGA est passé de 400 millions d’euros par an en moyenne sur la période 1989-2015 à 1 milliard d’euros par an en moyenne sur 2016-2020, avant d’exploser en 2022. Cette année-là a en effet constitué un record : les indemnisations liées au phénomène de retrait-gonflement des argiles ont approché les 2,8 milliards d’euros, le montant le plus haut jamais atteint depuis l’instauration du régime Cat Nat en 1982.
Comment savoir si votre maison est concernée dans le Loiret
Consulter la carte d’exposition officielle
Avant toute démarche, il est utile de vérifier le niveau d’exposition de votre parcelle. La carte nationale d’exposition au retrait-gonflement des argiles, élaborée par le BRGM et consultable sur le portail Géorisques, permet de visualiser le niveau d’aléa (faible, moyen ou fort) commune par commune. Pour l’agglomération orléanaise, cette carte a d’ailleurs été révisée récemment : la carte d’exposition a été mise à jour par le BRGM en 2025 afin d’intégrer les effets du changement climatique sur ce phénomène et la sinistralité récente jusqu’à 2022, dans le cadre du 3ᵉ Plan national d’adaptation au changement climatique. L’arrêté du 9 janvier 2026, modifiant l’arrêté du 22 juillet 2020, rend cette nouvelle carte officielle pour la définition des zones exposées au phénomène.
Les signes qui doivent alerter les propriétaires
Certains désordres sont caractéristiques d’un mouvement de terrain lié à l’argile. Soyez attentif si vous observez :
- Des fissures obliques ou en escalier, souvent situées aux angles des ouvertures (portes, fenêtres) ;
- Un décollement entre la maison et une extension, un garage ou une terrasse ;
- Des portes ou fenêtres qui coincent ou se déforment sans raison apparente ;
- Un dallage intérieur qui se fissure ou se soulève ;
- Des variations visibles de la largeur des fissures selon les saisons (plus larges en été, plus resserrées en hiver).
Ces signes ne suffisent pas, à eux seuls, à prouver l’origine du désordre : seule une étude géotechnique ou une expertise bâtiment permet de confirmer un lien avec le RGA et d’écarter d’autres causes (défaut de construction, présence d’arbres proches, fuite de canalisation).
Les démarches à suivre en cas de fissures dans le Loiret
Déclarer le sinistre : mairie puis assurance
La première étape consiste à signaler les désordres à la mairie de votre commune, qui pourra ensuite déposer une demande de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle auprès de la préfecture du Loiret. Il est important d’agir rapidement, car depuis le 1er janvier 2023, les sinistrés disposent d’un délai de 30 jours à compter de la publication de l’arrêté au Journal officiel pour déclarer leur sinistre auprès de leur assurance habitation, contre 10 jours auparavant.
Ce qui a changé depuis 2023 dans la reconnaissance du risque
Pendant longtemps, de nombreuses communes touchées par des fissures se sont vu refuser la reconnaissance Cat Nat, faute de remplir des critères météorologiques jugés trop stricts. Une réforme importante est venue assouplir ces règles : l’ordonnance n° 2023-78 du 8 février 2023 relative à la prise en charge des conséquences des désordres causés par le RGA a prévu un assouplissement des critères de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. Concrètement, la période de retour de l’épisode de sécheresse est désormais calculée sur l’ensemble de l’année et a été abaissée à 10 ans, contre 25 ans auparavant.
Une circulaire est ensuite venue préciser ces nouvelles règles pour les épisodes survenus à compter du 1er janvier 2024, avec deux avancées notables : une possibilité de reconnaître l’état de catastrophe naturelle dans les communes qui ont subi une succession anormale de sécheresses d’ampleur significative au cours des cinq dernières années, même si l’intensité mesurée année par année n’est pas exceptionnelle, ainsi qu’une prise en compte de la situation hydrométéorologique des communes limitrophes. Pour les propriétaires du Loiret dont la commune a pu être écartée d’une précédente reconnaissance, cette évolution mérite d’être suivie de près lors des prochains arrêtés.
Ma commune n’est pas (encore) reconnue : que faire ?
L’absence de reconnaissance Cat Nat ne signifie pas que le dossier est clos. Il est possible de :
- Demander à la mairie de déposer un recours gracieux auprès de la préfecture ;
- Faire réaliser une étude géotechnique indépendante pour objectiver le lien avec le sol argileux ;
- Conserver un historique photographique daté des fissures, utile en cas de nouvelle demande lors d’un épisode de sécheresse ultérieur ;
- Vérifier les garanties de votre contrat d’assurance habitation, certaines polices proposant une couverture complémentaire mouvement de terrain.
Prévention et solutions locales face au risque argile
Limiter les variations d’humidité autour des fondations
Que votre maison soit déjà touchée ou simplement exposée, certaines mesures simples réduisent le risque de nouveaux désordres :
- Éviter de planter des arbres à racines traçantes (peupliers, saules) à moins de 10 mètres des fondations ;
- Vérifier régulièrement l’étanchéité des canalisations enterrées et des gouttières ;
- Installer un dispositif d’éloignement des eaux pluviales pour éviter les infiltrations localisées ;
- Envisager, avec l’avis d’un professionnel, la pose d’un écran anti-racines ou d’une géomembrane pour stabiliser l’humidité du sol en périphérie du bâti.
Le Fonds de prévention argile : une aide de l’État pour anticiper
Pour accompagner les propriétaires avant même l’apparition de désordres structurels, l’État a mis en place un dispositif national dédié. L’État a lancé un fonds expérimental de prévention du phénomène de retrait-gonflement des argiles, qui permet aux ménages éligibles de bénéficier d’un diagnostic technique puis, le cas échéant, d’un accompagnement financier pour des travaux de prévention. Ce dispositif étant expérimental et progressivement étendu, il est recommandé de vérifier son éligibilité directement sur la plateforme dédiée, en fonction de votre commune du Loiret et de votre situation.
Sources
- BRGM – Cartographie de l’aléa retrait-gonflement des argiles dans le département du Loiret (rapport RP-53316-FR)
- Géorisques – Portail officiel d’information sur les risques naturels et la carte d’exposition au RGA
- Observatoire des risques d’Orléans Métropole – Mouvement de terrain et retrait-gonflement des argiles
- Préfecture du Loiret – Déclenchement de la vigilance sécheresse dans certains secteurs du Loiret (2022)
- Légifrance – Ordonnance n° 2023-78 du 8 février 2023 relative à la prise en charge des désordres causés par le RGA
- CCR – Rapport scientifique 2022, coût des sinistres retrait-gonflement des argiles
- Fonds Prévention Argile – Plateforme officielle de l’État (beta.gouv.fr)
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